Lundi 21 décembre 2009
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Le plaisir de (re)lire des classiques...ne me quitte jamais.
Il y a dans l'écriture pointilleuse sur le détail et la prose passionnée
d'Emile Zola une magie qui demeure au fil des lignes.
Lorsqu'on aborde une de ses oeuvres, on rechigne d'abord, effrayé par le poids du
livre, l'exhaustivité des connaissances et des mots savants qui risquent d'y être accumulés.
Cependant, si certains des récits de Zola confortent cette idée et ne sont
-sans doute - destinés aujourd'hui qu'à des excentriques ,tellement amoureux de la langue française qu'ils font le sacrifice de s'accoquiner avec un dictionnaire durant leurs lectures,
Au bonheur des Dames doit être considéré comme une pièce atypique dans le travail de l'écrivain.
Les Rougon-Macquart, Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le
second empire.
Dépeindre toute une généalogie pour parler des hommes, de leurs défauts et
de leurs mesquineries, de leurs failles et de leurs forces , assujettis à des pouvoirs immaîtrisables que distille la société . Montrer comment se porte l'Homme perclu dans la société....voilà
toute l'ambition que s'était donné celui que nous reconnaissons aujourd'hui comme le chef du naturalisme.
Un projet qui, au regard de la globalité de ses oeuvres, ne promettait rien de
drôle. On pense, en effet, au malheur de Renée dans La
Curée, à Gervaise dans l'Assommoir, à tous les mineurs de Germinal....
Au milieu des volumes des Rougon-Macquart dont les frasques et les déboires
semblent plonger dans un puits dans fond, Au bonheur des Dames fait office de contre-pied amusant, de parenthèse optimiste....ou Zola se laisse prendre au jeu du "et si tout finissait
bien?".
Et c'est rafraîchissant et fort plaisant!
Au Bonheur des Dames nous plonge dans les dentelles, les tissus
et toutes les fanfreluches qui font tourner la tête des femmes. On y apprécie une peinture juste et cynique des rapports entre les femmes, leurs jalousies intestines, leurs mesquineries, les
parades de coqs des hommes au milieu d'un poulailler de cous gras et de rires cristallins...on a le plaisir de frémir sous le joug des rivalités amoureuses, on se gausse de la
moquerie des parisiens pour les provinciaux et on réalise une époque, des mentalités qui sont bouleversés par la révolution industrielle.
Un roman donc d'une grande richesse socio-historique!
Mais surtout, il y a Denise, la fragile et jeune orpheline qui débarque à
Paris pour trouver du travail et qui porte sur ses bras fragiles la responsabilité de ses deux frères cadets.
L'oncle Baudou, acariâtre et usé qui dirige le Vieil Elbeuf, draps
et flanelles, baudu, successeur de Hauchecorne et le désespoir pudique de ce commerçant devant le monstre dévorant la clientèle qui s'est installé au coin de sa rue.
Octave Mouret , directeur du nouveau grand magasin.
Henriette, superficielle et hautaine panamienne qui espère les avances du directeur
et n'hésite pas à malmener les vendeuses.
Et puis toute une foule qui grouille, fourmille, crie de joie devant les
promotions....la caisse qui résonne et chantonne sa mélodie de la rentabilité exacerbée. Toute une fébrilité ambiante que Zola irise d'une plume de maître.

Oui, au milieu de ce monde entêtant et imperturbable, Zola a eu envie de faire naître l'amour. Un pur, un vrai, un qui désarçonne et laisse le lecteur coi...parce qu'on est habitué à plus
de cynisme et de détachement de la part de Zola.
"C'était la femme que les magasins se disputaient par la concurrence, la femme
qu'ils prenaient au continuel piège de leurs occasions, après l'avoir étourdie avec leurs étalages. Ils avaient éveillé dans sa chair de nouveaux désirs, ils étaient une tentation immense, où
elle succombait fatalement, cédant d'abord à des achats de bonne ménagère, puis gagnée par la coquetterie, puis dévorée. En décuplant la vente, en démocratisant le luxe, ils devenaient un
terrible agent de dépense, ravageaient les ménages, travaillaient au coup de folie de la mode, toujours plus chère.."
"Quant il la vit si tremblante sous ses mains qui lui effleuraient la nuque, il
eut regret de ce mouvement d'obligeance, car il craignait surtout de perdre son autorité.
- Enfin, mademoiselle, reprit-il en mettant de nouveau le bureau entre elle et
lui, tâchez de veiller sur votre tenue. vous n'êtes plus à Valognes, étudiez nos Parisiennes....Si le nom de votre oncle a suffi pour vous ouvrir notre maison, je veux croire que vous tiendrez ce
que votre personne m'a semblé promettre. Le malheur est que tout le monde ici ne partage point mon avis....Vous voilà prévenue, n'est-ce-pas? Ne me faîtes pas
mentir.
Il la traitait en enfant, avec plus de pitié que de bonté, sa curiosité de
féminin simplement mise en éveil par la femme troublante qu'il sentait naître chez cette enfant pauvre et maladroite. Et elle, pendant qu'il la sermonnait, ayant aperçu le portrait de Mme
Hédouin, dont le beau visage régulier souriait gravement dans le cadre d'or, se trouvait reprise d'un frisson, malgré les paroles encourageantes qu'il lui adressait. C'était la dame morte, celle
que le quartier l'accusait d'avoir tuée, pour fonder la maison sur le sang de ses membres.
Mouret parlait toujours.
-Allez, dit-il enfin, assis et continuant à
écrire.
Elle s'en alla, elle eut dans le corridor un soupir de profond
soulagement."
En 1888, alors que Zola s'interroge sur le sens de son existence à la veille de la cinquantaine, sa vie bascule
brutalement. N'avait-il pas soufflé à Goncourt : « Ma femme n'est pas là ... Eh bien je ne vois pas passer une jeune fille comme celle-ci sans me dire : « Ça ne vaut-il pas
mieux qu'un livre? »(Wikipédia)
Pour en savoir plus sur les Rougon-Macquart, cliquez ici: link
Par Julie
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Publié dans : Hommage aux classiques
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Emile Zola a parcouru de sa plume un 19ème siècle bousculé par de nouvelles tendances, de nouveaux moeurs. Il a immortalisé cette évolution dans la grande fresque des Rougon-macquart, en publiant vingt volumes d'une histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire. Le site http://www.emile-zola-les-rougon-macquart.fr/ vous propose de revenir sur cette fabuleuse série avec une biographie Emile Zola, des chroniques de livres et une rubrique adaptation cinéma.
Bravo pour vos lectures et nhésitez pas à continuer à lire Zola qui est un auteur absolument fabuleux.
Bonjour,
Je suis une inconditionnelle de l'oeuvre de Zola. Merci pour votre commentaire et vos précisions.
Au plaisir de vous relire,
Julie Décalée.