Lundi 29 mars 2010
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Titre: C'était tous les jours tempête
Auteur: Jérôme Garcin
Editeur: Gallimard /Folio
Du "badinage carcéral" à l'action politique!
Voilà un roman délicieux: un jeune noble fougueux, Marie-Jean Hérault de Séchelles, aux moeurs
légères,délivre plusieurs lettres à la seule femme, Jeanne-Françoise de Sainte-Amaranthe,qu'il ait aimée, quelques jours avant d'être guillotiné.
Véritable confession d'un arriviste passionné au creux d'une période troublée, véritable pamphlet éclairé d'un siècle de Lumières aux évènements si sombres.
Et c'est avec un plaisir tout littéraire (Quelle plume vraiment!) que nous laissons Jérôme Garcin nous causer d'Histoire et d'amour,
d'Opportunisme et de Terreur, avec élégance et délicatesse.
Marie-Jean qui"cicéronne" jusqu'à la fin de son procès "au lieu que de sauver (sa) peau" , à l'approche
de la mort, réalise ses erreurs et évoque les mécanismes de la Révolution avec une gravité étonnamment mêlée d'humour.
Amant prétendu de Marie-Antoinette, pur sang ayant participé avec autant d'enthousiasme à la prise de la Bastille qu'à la constitution des
droits de l'homme, notre héros n'échappera pas au sort auquel il avait froidement condamné ceux de sa caste.
Avec beaucoup d'ironie mordante, l'énonciateur des lettres nous fait comprendre combien le révolutionnaire plébéien est naturellement porté à hair la peau laiteuse et délicate des jeunes hommes
de bonnes familles armoriées et combien la jalousie n'a pas été détruite avec le pillage des beaux châteaux. Et puis Hérault sait qu'il a trahi les membres de sa haute lignée et qu'il est
devenu rapidement un objet de méfiance ; aussi, auprès des
sans-culottes assoiffés de revanche, avoir la place du traître n'aurait su être pour lui un bon allié!
Un texte qui décrit avec une poésie mélancolique adorable la passion amoureuse et brûlante de Marie-Jean auprès de Jeanne Françoise, une cavalière d'exception, femme libre et
brillante contrastant avec la maniabilité de ses condisciples féminines.
Même si la Révolution, " cette pauvre fille échevelée dont (il) aime la sauvagerie, et (qu'il a) épousée par intérêt plus que par amour", " cette
folie, cette effrayante et magnifique machine conçue par des mains anonymes pour fabriquer du progrès" est
peut-être la Femme la plus troublante dont parle ce roman.
Enfin, C'était tous les jours tempête est un superbe roman épistolaire qui prouve que si "la belle prose (était ) tombée (un moment) avec la Bastille",
certains ont su depuis lui redonner toutes ses lettres de noblesse.
"Il s'en est fallu de peu que, après avoir brillé sous Louis XVI et régné sous Robespierre, charmé la reine et pris la Bastille, je n'accomplisse mon enfantin
dessein: passer d'une rive à l'autre sans me retourner et fendre la tempête tête haute. Mais une dernière vague, sournoise et justicière, a noyé mes prétentions à quelques mètres seulement de la
berge. je serai un mort de plus, un des derniers, avant le coucher du soleil qui tombe sur la France Moderne." (Jérôme Garcin)
Par Julie
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Publié dans : Critiques de romans.
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